Je pourrais vous parler des signes. Quand en prévision de la fiv pour le deuxième bébé, en mai, je suis allée faire un prélèvement vaginal, et que c’est le Dr K. himself qui me l’a fait. En sortant avec le mari on a eu cet échange de textos:

Moi: Le Dr K. a rentré ses doigts dans mon vagin! Je suis sanctifiée! Je vais pouvoir tomber enceinte naturellement ahahahahah

Le mari: Ah on va devoir mettre des capotes ahahahahahahahah

Moi: Et je vais prendre la pilule ahahahahahahaahah

Trois jours après, j’étais enceinte.

Il y a eu aussi ce couffin dont j’ai posté la photo sur instagram, en l’appelant « un puissant signe du destin », parce qu’en allant travailler je l’ai trouvé comme ça, posé par terre, en parfait état. J’ai hésité trente seconde avant de faire demi tour avec la voiture et d’aller le récupérer. Quinze jours après, j’étais enceinte.

On ne tombe pas enceinte avec des signes vous savez (réponse: oui, vous le savez très bien). Tout a été tellement simple que j’ai passé neuf mois à m’attendre à ce qu’à un moment quelqu’un me prenne entre quatre yeux pour me dire « Oh, bon, Madame Fessefouillie, on a bien rigolé jusque là, mais faut qu’on vous dise, cette histoire de bébé,c ‘était une blague en fait ahahahahahahah ». J’aurais pas trouvé ça drôle, mais je pense que j’aurais été à peine surprise tellement tout cela m’a paru incroyable. Après tout, je n’ai aucun idée de comment il est rentré là dedans, c’est pas sympa pour mon mari mais vraiment, je l’ai pas vu venir.

Je n’ai pas arrêté d’y penser, la preuve ici. Pourtant j’ai toujours su que je tomberais enceinte naturellement, un jour. Je pensais juste que ça arriverait dans très, très longtemps. Je n’ai pas lâché prise. Tout au mieux, j’ai laissé la porte entrouverte à la chance, et elle s’y est faufilée.

Tout ceci est très confus, vous me direz, pour expliquer un si long silence. J’ai voulu garder ce bébé pour moi, je n’en ai pas soufflé un mot sur internet, et il a poussé aussi discrètement qu’il s’est installé.

J’ai eu le bébé que je suis allée chercher à la sueur de mon front. et puis, pour boucler une sorte de boucle, celui-ci qui est venu, tout seul ô combien, du début à la fin. Je remercie mes deux fils, d’être là déjà, d’avoir eu la bonté de bien vouloir venir animer ma vie, mais aussi chacun pour ce qu’il m’a appris: pour le premier, qu’on ne contrôle rien. La vie se passe, elle se moque de nous et de notre mérite, et des fois, après qu’on a fait un très long chemin, elle nous donne( et dans ce cas là, on dis un grand merci et on se fait tout petit). Pour le deuxième: des fois, quand on a le temps et la possibilité, il suffit juste d’arrêter de réfléchir, de guetter autour de soi, et d’avoir confiance.

Une grande sage de l’internet disait récemment: « On peut tout demander à l’univers ». Je pense qu’il faut l’avoir expérimenté pour comprendre à quel point c’est vrai.

Enfin tout ce long délire psychométaphysique et probablment compréhensible d’à peu près uniquement moi et deux ou trois personnes bourrées, pour vous dire que voila donc. Il est venu, vraiment. Que pourrais-je avoir de plus à dire sur ce blog maintenant que sa prophétie s’est complètement réalisée?

Ah oui: un très très sincère merci à vous. Et surtout que je vous en souhaite autant.

Quand on l’a vu au mois d’avril, le Dr Funky m’a donné ma liasse d’ordonnances. Y a une échographie il a visiblement hésité « oh, je sais pas si c’est vraiment utile on le fait des fois c’est pas obligé… » Et vu que c’était pas dans son vagin qu’on allait mettre un truc pour la milliardième de fois et peut-être pour rien, il a décidé de me filer l’ordonnance quand même. Et comme je veux vraiment un bébé et qu’apparemment j’ai besoin de lui, j’ai fermé ma gueule. Après tout, c’est un peu comme les meufs qui baisent leurs mec qui les dégoûte qu’une fois l’an pour faire des gosses non?

Alors cet après-midi, me voila dans l’hôpital le plus merdique de tout l’Essonne et peut-être même de toute la France, où après avoir perdu une heure à l’accueil pour récupérer des putain d’étiquettes de ma bite, et après avoir donné mon ordonnance à une dame qui avait l’air de vouloir se pendre plutôt que d’être là, un petit monsieur grassouillet vient me chercher et me demande de le suivre « dans la petite pièce au fond ». Hum.

– Vous venez pourquoi? qu’il me dit.

Ah. Bien bien.

– L’hôpital de Sèvres m’envoit faire une échographie pour lancer le démarrage de la fiv pour un deuxième enfant.

Là le monsieur est devenu un peu pâlot. Je pense que dans sa tête plein de trucs on dû se bousculer genre « oh putain l’infertilité, attends j’ai dû avoir un stage là dessus en 1993, on avait eu des goodies, oh lala attends faut que je retrouve mes fiches, en plus il parait que c’est dans la tête… »

– Ah vous voulez qu’on contrôle les follicules, ce genre de truc?

Ah. Bien bien.

– Non, j’ai pas commencé le traitement, je crois qu’il faut juste contrôler mon utérus, c’est le gynécologue de l’hôpital qui a demandé.

Le type avait toujours l’ordonnance à la main. Je sais pas si d’habitude il s’en sert pour se frotter le cul ou quoi, mais là il m’a demandé:

– Faut que je regarde quoi.

Ah. Moi qui croyait naïvement que c’était son métier de savoir.

– Bah je sais pas, que tout va bien, que l’ancien habitant a pas niqué les moulures,  qu’il y a pas d’anomalie j’imagine.

Là le type a soufflé un peu je pense, il a dû se rendre compte qu’il devait juste jeter un oeil dedans. Moi je me disais que ça avat l’air vachement utile de me faire déplacer et désapper pour cet examen hein, ça tombe bien, j’aime tellement montrer ma chatte aux inconnus, et là c’est remboursé par la sécu❤.

 

Il m’a fait allonger. Il essayait d’être sympa le pauvre, mais j’étais pas d’hyper bonne humeur.

– Hum. Alors vous avez déjà fait une échographie?

– Oui j’ai déjà un enfant par fiv comme je l’ai déjà dit en fait.

– Ah mais vous faites des fiv! Mais vous devez avoir l’habitude alors? Vous en avez déjà fait plein des échographies non? Vous savez comment ça marche et tout?

– Bah oui j’en ai fait environ un millier…

– Vous avez déjà un enfant alors?

– Oui, et on voudrait en avoir deux. Ou trois ou quatre remarquez…

– Ouais trois ou quatre c’est mieux à deux ils vont s’ennuyer.

– Oui on fera ce qu’on pourra si on en a deux on sera contents déjà.

C’était un peu hallucinant ce qu’il me racontait. On avait une conversation de la quatrième dimension:

– Vous êtes jeune quand même, qu’il a ajouté.

– Euh, merci…

– Nan mais je veux dire, normalement vous devez avoir un bébé quand vous voulez…

– Oui bah j’ai pas choisi hein.

– Nan mais regardez là c’est l’ovaire gauches. Y a plein de follicules. Ca veut dire y a plein de bébés qui attendent là [bisou Christine Boutin]

– Bah disons que pour l’instant c’est surtout nous qui les attendons en fait…

Je sens bien que le mec, il était gentil comme tout, mais il était à deux doigts de me dire que j’inventais tout. Alors j’aurais pu me fâcher, mais bon il essayait d’être sympa, et puis comme Milena, je me suis dit que ça devait être le mektoub. En fait ce mec était hyper rassurant sur ma fertilité, et son échographie et ses réflexions zarbi ont un peu regonflé mon égo un peu en berne à cause d’un taux d’AMH à 2,2 (oui mais vous voyez ils disent que le minimum attendu c’est 2, je me suis vu à deux doigts du don d’ovocyte en lisant ça) (seules les vraies comprendront cette parenthèse). Bref, avec ses réflexions à la con, ce mec était en train de me faire beaucoup de bien.

On a continué l’échographie un peu en silence. Il m’a montré l’endomètre. 

Pendant qu’il me montrait l’endomètre, j’ai quand même espéré que je serai la fille qui va faire une écho et à qui ont dit: OH MAIS REGARDEZ MADAME! UN BEBE! Il EST MAGNIFIQUE! VOUS NE FEREZ PAS DE FIV C’EST UN MIRACLE EST-CE QUE JE PEUX ETRE LE PARRAIN!. Au lieu de quoi il m’a juste dit : « Bon bah voila, vous savez ce que c’est hein je vous explique pas, c’est là que les bébés font leur nid bah voila il est normal votre endomètre » Et par normal hélas, il voulait bien dire aussi vide qu’une bopite de nuit de Souppe-sur-Loing un mardi soir.

Il a gardé le silence. On est passé à l’échographie Endo vaginale. Quel plaisir mes amis. Quel plaisir. Je le regardais mettre le petit préservatif (oui c’est très choupi) sur la sonde, la tarte aux poil à l’air, quand soudain son écran ne fonctionnait plus et il faisait que de se pencher sous la table de son écran en soufflant et en disant « oh bah zut enfin mais pourquoi ». J’ai vu le moment où j’allais rester les parties à l’air et lui avec son gode dans la main et qu’on se dirait bon bah puisqu’on est là on a qu’à faire semblant. On était à ça. Au lieu de quoi l’écran s’est rallumé et il a commencé à m’examiner en silence. Jusqu’à ce moment terrible où il a demandé:

– En fait, on fait comment une fiv? Genre on prend un spermatozoide et on le met dans le ventre?

Je. Euh. WHAT?

Je lui ai expliqué un peu évidemment, enseigner est mon destin vous le savez bien. Il m’a demandé si « D. au deuxième étage là, il le fait pas ça? C’est comment l’hôpital de Sèvres? Ca doit être tout petit non? Pourquoi vous allez pas à Clamart? Ils le font à Clamart hein? Nan mais c’est tout petit je pense l’hôpital de Sèvres ». 

Et puis quand ça a été terminé il m’a dit de repasser prendre les résultats le lendemain et que tout était parfait. Enfin voila. Je pense que c’était le boss de fin du niveau « bilan fertilité ». A bientôt pour le niveau « début du traitement imminent.

 

 

 

 

On devrait se faire un bingo de l’amp où on ferait des grilles avec des noms d’examens et quand on aurait tout complété on aurait gagné. Perso je pourrais cocher déjà « bilan hormonal » et « hystéroscopie » (l’hystéroscopie est un examen charmant et environ indolore qui consiste à mettre une caméra (pas toi-même petit cochon, quelqu’un du métier) (imagine à la femis tu fais caméraman option « vagin » ahahaha) dans ta chatte donc pour voir si tu es aussi belle du dedans que du dehors.)

Je me retrouve avec une ordonnance qui me propose une demi douzaine de cabinets. J’ai beau regarder sur le net et tout, je finis toujours par me retrouver à une heure et demi de chez moi dans un coin paumé de Paris entre deux pmu(on me souffle que ma dernière hystéroscopie avait eu lieu à l’hôpital de la Muette).

L’extérieur était moche. Voire flippant. L’intérieur, on aurait dit l’appart d’une blogueuse mode. Je vous jure, il y avait une cheminée, des murs roses, d’élégantes chaises en plastique transparent, j’aurais suivi avec un bonheur et une délectation sans pareil le compte pinterest de cette gynéco.
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J’ai pas trop attendu, rapidement j’ai vu la gynécologue raccompagner à la porte UNE FEMME ENCEINTE en lui disant au revoir. Et puis ça a été mon tour. Elle m’a demandé si c’était moi où mon mari le souci. Voyons madame. C’est toujours mon mari le problème, quel que soit le sujet enfin. Et puis elle m’a fait passer dans une autre pièce « là en face ». C’était écrit « Entrée interdite en gros sur la porte, j’ai commencé à flipper.

Ca faisait hyper longtemps que je m’étais pas retrouvé le cul (et la tarte aux poils) à l’air devant un médecin. Limite j’étais gênée vous voyez. Je me suis allongée sur la table, la gynéco m’a gentiment expliqué ce qu’elle allait faire. J’avais les yeux rivés sur le moniteur et elle a à peine eu le temps de me dire « Ne regardez pas maintenant » mais c’était trop tard: j’ai vu mes deux fesses, une sorte d’instrument lubrique en métal (qu’on appelle un speculum) et plouf on était à l’intérieur de moi c’était la science fiction complètement folle.

La gynéco m’a fait visiter mon intérieur, on se serait cru à recherche appartement ou maison: « Là c’est les trompes vous voyez elles sont très belles, on circule facilement dedans, là c’est l’utérus, c’est tout beau, y a pas de traces l’ancien locataire a pas trop salopé le revêtement vous lui rendrez sa caution et voila pouf pouf on va sortir de là, restez allongée cinq minutes le temps que je tape le compte-rendu je reviens vous chercher ».

On se fait chier quand on est allongé seul dans une salle d’échographie vous savez. En cinq minutes j’ai eu le temps de psychoter sur les mille façons qu’elle avait de me voler le contenu de mon sac (laissé dans son bureau) puis de se barrer comme une vraie imposteuse comme on en voit dans les reportages de W9 (les charlatans qui arnaquent des patients sans défenses vous savez bien). Je suis con. Elle est revenue me chercher. Elle m’avait pas fait les poches. Pas encore.

C’est au moment où elle m’a dit « alors voila tout va bien bonne chance madame CA FERA 180€ » qu’elle me les as vraiment faites.

Mais pour 180 €, on peut voir une photo du dedans de ma chatte:
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Bon déjà j’ai pas été la fille tu sais son bébé avait deux mois elle allaitait et elle est retombée enceinte comme ça. Pas grave a la limite ça me faisait rêver moyen.

En septembre j’ai pas été non plus la fille qui retombe enceinte sans retour de couches. Bon. En même temps la rentrée m’a pas mal occupé alors ça va.

J’ai pas été la fille que bon trois ans pour le premier, premier cycle pour le deuxième. J’ai commencé a trouver ça vexant. Mais je me suis dis allez, je peux toujours être celle tu sais qu’elle allait reprendre rendez-vous en amp et bim pas besoin grossesse naturelle. Mais en fin de compte non. La j’ai commence a me demander SI LE SORT S’ACHARNAIT PAS UN POIL. Mais je me suis drapée dans ma dignité en prenant mon téléphone pour appeler l’hôpital de Sèvres.

Il me restait encore la chance celle ou tu tombes miraculeusement enceinte le cycle ou t’as pris rendez-vous parce que psychologiquement ça a débloqué tes chakras et tu es vraiment prête au fond de toi (ahaha) (pardon je ris de mes propres blagues en écrivant ce billet). Mais RIEN. Là je vais pas vous mentir je l’ai du mauvaise. J’ai dû m’acheter UN CANAPÉ pour ne pas sombrer dans la dépression et me mettre a chouiner (la chouine sur son sort est a la mode au printemps 2014 je trouve): « oh mon dieu le sort s’acharne pourquoi donc ma belle-soeur cette morue est enceinte alors que le gygy ne met pas de bibou dans mon bidou ». Le canapé vous a sauvé parce que vraiment j’étais a ça de larmoyer. A ça, parfaitement.

Alors bon, il me reste la chance ultime, celle de « ils avaient pris rendez-vous et ils attendaient le prochain cycle pour faire leur fiv mais ils l’ont jamais faite parce qu’ils sont tombé enceinte avant » mais vous savez, j’ai beau avoir plein de défauts comme haïr mon prochain, dire du mal et pratiquer la jalousie comme sport en première division, j’ai quand même pour qualité d’être lucide hein. Il y a quand même 99,99% de chance que je me tape cette putain de FIV a l’automne et que d’ici la j’aie pas plus de bébé dan le ventre que de beurre au cul. Soupir.

Il fut un temps où je clamais fièrement avoir fait le deuil d’une grossesse naturelle. Bon c’est con je savais pas qu’il fallait le refaire pour chaque enfant. Mais bon je m’en fous toute façon j’ai fait comme Angelina jolie: j’ai commandé des jumeaux.

J’ai changé vous savez. J’ai arrêté de croire que le monde entier m’en voulait et que s’il me balançait des conneries c’était uniquement dans le but de me narguer (prochain billet philosophique à venir très probablement). Des fois les gens disent des trucs cons, c’est juste parce qu’ils savent pas. Juste des fois on te demande des trucs t’es emmerdé.

Genre quand les voisins qu’on connaissait depuis vingt minutes nous on demandé en rigolant (et en exhibant avec ostentation leurs trois magnifiques enfants) « A QUAND LE DEUXIEME ». Pardon je le prends pas mal hein, ils peuvent pas savoir, juste répondre quoi?

a) ça ne vous regarde pas (ce qui n’est pas très gentil, si on se demandait que des trucs qui nous regarde les uns les autres on se parlerait plus trop les uns les autres en fait si on y réfléchit)

b) hihihi, je ne sais pas, bientôt j’espère hihihi (mais c’est niais)

c) Jamais. (ce qui est un mensonge, mais des fois ça a du bon, ça t’expose juste quand t’annonces ta grossesse à « ah mais c’est un accident » que aussi tu pourrais prendre mal)

Le mari a choisit la réponse d). La réponse où je me suis liquéfiée à ses côtés avec un air gêné en me dandinant sur le canapé des voisins et en essayant de lui faire signe que ça finisse:

« En fait j’ai un problème de qualité du sperme, donc on doit faire des fiv pour avoir des enfants, aller à l’hôpital et tout. Ouais celui la on l’a eu par fiv par exemple, c’est long, des fois ça fonctionne pas, mais ça va hein HAHAHAHAHAHA » (Le mari était très détendu.

Pour en finir avec les questions gênantes, le mari a choisi la réponse gênante.

Après les voisins nous on gentiment dit qu’on aurait le deuxième naturellement parce que des fois c’était psychologique BAH JE L’AI BIEN PRIS VOUS VOYEZ.

 

 

Le Docteur nous a d’abord dit  » Bon, vous êtes pas venus depuis 2011. Pourquoi? » J’ai pris un sourire niais, j’avais honte mais je savais pas quoi faire d’autre et j’ai répondu « Parce qu’on a eu un bébé, hihihi ». Je me sentais un peu coupable d’avoir plaqué l’hôpital de Sèvres au moment où les choses prenaient un tour heureux, mais vraiment c’était pas possible le suivi là bas pour une grossesse. « Il est né où? A quelle date? Il pesait combien? Par voie basse? » qu’il nous a demandé aussi. La vie de ma mère j’étais à deux doigts de lui montrer toutes les photos du gosse que j’avais dans mon téléphone (stockage en ligne compris).

Il a pris un gros dossier avec notre nom dessus, tout déchiré, avec des ratures et tout. Ca faisait sérieux. Il l’a ouvert, et puis il s’est mis à nous résumer en même temps qu’il lisait: « Alors vous avez fait une fausse-couche, puis vous êtes venus nous voir, vous étiez jeunes, c’est bien, et puis on a fait une fiv, ah ça a pas marché, alors vous en avez fait une deuxième, et puis tiens ah non c’était toujours pas celle-la? » Il souriait en me regardant des fois et on aurait dit qu’il jouait à un jeu. Moi je trouvais ça dingue, j’avais l’impression que ce dossier tout pourri là, c’était le livre de notre famille, et qu’il était en train de le lire comme si c’était un truc vraiment très chouette, et la façon dont ça se passait, ça l’était chouette. Des fois je voyais des ordonnances, des traces de rendez-vous qu’on avait eu, avec le généticien, avec le biologiste, et je tous ces trucs que j’avais oublié remontaient: je me souvenais très clairement de cette époque folle où il y avait pas des petites voitures jusque dans mon lit, où on n’attendait pas le soir avec impatience pour faire nos trucs à nous, où on faisait pas grand chose ‘ailleurs tellement c’était vide dans nos vies. Et puis l’angoisse quoi, l’incertitude, de pas savoir, le chromosome Y c’est grave? Pourquoi ça a pas marché cette première fiv alors qu’on était des bons candidats? Ca marchera un jour? Et si ça marchait jamais? C’était comme un téléfilm très cul cul mais émouvant quand même, sauf qu’on l’avait vraiment vécue cette histoire.

Il nous a donné nos nouvelles ordonnances, une chiée pour moi, une seule pour le mari, qui était un peu gêné du coup que ce soit lui qui soit écrit en gros sur les feuilles de prise en charge, et moi qui me cogne toutes ces merdesà aller courir Paris pour me faire regarder l’intérieur par des spécialistes éminents. Vous me direz c’est pas tous les jours que je me fais visiter l’intérieur par des éminences (note pour moi-même: penser à profiter).

« Bon là l’idéal, ce serait qu’on se revoit en juin, et puis on démarre le traitement à la rentrée ». J’étais un peu déçue, j’aurais voulu commencer tôt finalement, mais c’est bien qu’on m’oblige à prendre mon temps. C’est bien de se laisser porter aussi, et de pouvoir en profiter, parce qu’on sera plus jamais ce pauvre couple qui s’est pointé là en 2010 en ayant peur de jamais savoir ce que c’était d’avoir un enfant.

On est allés au restau avec le mari en sortant. Le mari a dit « C’était bien ce matin, l’hôpital ». Je sais pas s’il le pensait de la même façon que moi, mais j’ai trouvé qu’il avait raison. C’était bien ce matin l’hôpital.
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Cher journal,

Aujourd’hui j’ai rappelé l’hôpital de Sèvres. Hihihihi. Ca fait longtemps que j’attendais ce moment. Mais quand même j’avais une boule dans le ventre, tu sais, comme en quatrième que j’ai demandé à ma meilleure copine Aurore d’aller demander à Fabien s’il voulait bien sortir avec moi et que l’après midi elle m’a dit d’un air contrit (ou con tout court à qu’il voulait pas. Alors qu’en fait elle lui a jamais posé la question. Maintenant Aurore a pris 20kg uniquement localisés dans son derrière et à 30 ans elle s’habille uniquement chez pimkie. Des fois la vie est bien faite.

Autrefois quand j’étais jeune et que je crevais d’envie d’avoir un bébé il fallait trois mois pour avoir un rendez-vous avec le Dr Funky. Donc avec le mari pour une fois dans notre vie, on avait TOUT prévu:
– prendre rendez-vous en mars pour pouvoir rencontrer le Dr et la liste des branlettes dans le pot et des prélèvements chattaux à faire en juin,
– Faire les dits branlettes et les dits prélèvements durant l’été,
– REvoir le Dr en septembre,
– Faire un bébé en septembre.
J’étais même à deux doigts de me préinscrire à la maternité et de me mettre sur la liste d’attente pour la crèche pour la rentrée de septembre 2016. Tout ça c’était tellement règlé, ça m’a rappelé la dernière fois, en octobre 2008, quand j’ai arrêté la pillule en me disant: en décembre mes cycles se sont régularisés tels des sans papiers roumains, je tombe enceinte pour noel, j’annonce pour le jour de l’an et en septembre j’aurais un beau bébé. AHAHAHAHAHAHAH. Ca aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

La secrétaire m’a demandé: « Vous avez déjà rencontré le Dr Funky? » J’ai failli lui répondre « Mais enfin madame cet homme m’a fait un bébé » mais j’étais pas sûre qu’elle apprécie mon humour détonnant. Je me suis donc contenté de dire oui. 3on n’a pas de rendez-vous avant, oh lalala,… mi avril ». J’ai dit oui oui très bien avec un sourire (parce que dans envoyé spécial lors d’un reportage sur les call centers j’ai appris que ton sourire s’entend au téléphone. Et ouais. J’ai pensé GLOUPS. Mi avril donc. Tu sais cher journal, je n’annulerais pour rien au monde. MAIS. Mais je ne sais guère. Est-ce que notre si précaire équilibre à trois comme ils disent dans Psychologie magazine c’est une bonne idée de le remettre en question? Est-ce que je suis vraiment prête? Est-ce que quand on n’a plus jamais pris la pilule et qu’on surveille sa date d’ovulation en se disant même telle une doctissimette d’argent « j’espère qu’on a fait les TP au bon moment hihihi » on n’a pas déjà répondu à toutes ces questions? Toutes ces histoires d’attente, elles m’ont pas habitué à ce que les choses aillent plus vite que ce que je pensais, c’est normal que ça m’angoisse un poil.

Cher journal, tu crois qu’elle est vraie la légende qui dit que quand tu prends rendez-vous avec ton centre pma, si lla glaire d’une jeune vierge a arrosé un vieil érable centenaire et que la lune et pleine tu tombes enceinte naturellement? En attendant, je vais plutôt continuer de compter sur la fée condation in vitro.

– Tu réactualises dix fois par jour le statut facebook de ta cousine qui t’a dit qu’elle mettait un bébé en route pour vérifier qu’elle est toujours pas enceinte?

– Tu avais oublié ce petit rictus figé que tu as quand on t’annonce une grossesse et les seuls mots qui te viennent sont « pffff »?

– C’est pas que tu surveilles, mais cette glaire blanc d’oeuf qui se jette à ta tête (c’est une image, ma glaire reste sagement à sa place dans mon zlip) n’est-ce pas une invitation obscène à l’amour?

– L’air de ne pas y penser, tu essayes de te rappeler la voix de la secrétaire du gynéco de ton centre d’AMP et tu fais mentalement la liste des examens à refaire à tes heures perdues?

Tu envisages de mettre un filtre parental sur ton ordinateur qui bloquerait les mots « bébé » « enceinte » « nouveau-né » « grossesse »?
Et bien et bien, on dirait que ça finit par revenir pour de vrai les envies de bébé alors?

– J’ai acheté une toile cirée

– Je mange des choux de Bruxelles

– Je me force à manger des trucs que j’aime pas pour pas gâcher

– Des fois j’aime bien les vêtements chez Jacqueline Riu

– Le week end je me lève avant 09H. Et même des fois j’utilise mon temps pour ranger

– J’ai un jour pour faire les courses

– Je me dis « après ce verre d’alcool j’arrête » (des fois)

– Je suis persuadée que le verlan est encore à la mode

– Je trouve qu’à mon époque on n’était pas comme ça, on était mieux

– J’ai coupé mes cheveux

– Je refuse de partir en vacances si je n’ai pas une chambre pour moi

– Ca se voit quand je ne mets pas de soutien gorge

– Je prends mon courrier, je paye mes factures

– Je préfère lire un peu dans mon lit avant de dormir. Plutôt que faire l’amour

– Mes seins tombent

– « Il fait beau, on va quand même pas rester enfermer toute la journée, mettez vos chaussures on sort »

C’est quoi la prochaine étape? faire la vaisselle avant d’aller me coucher? Mettre de l’argent de côté pour prévoir les vacances? Et pourquoi pas investir dans l’immobilier tant qu’on y est? Je me fais vieille les am

Je m’étais dis pas de sponso sur ce blog. Et puis bon finalement vous savez les principes faut pas en avoir trop dans la vie, ça file le cancer et puis surtout plus on en a et plus ça nous pique le cul quand on doit s’asseoir dessus.

Parce que vous savez, quand la fille menthe à l’eau m’a proposé de partir en thalasso aux frais de la princesse j’ai dit oui oui et j’ai fait ma valise et pris mon billet. Et après elle m’a dit attends c’est pas tout de suite c’est dans six semaines et j’ai pris mon mal en patience.cJ’étais tellement contente que j’osais le dire à personne de peur que tout le monde se mette à m’appeler Pute.

Je devais me faire prendre [en voiture] à Saint-Quentin, charmante bourgade de l’Aisne, patrie de Quentin de la Tour et de Sébastien Cauet, puis direction l’exotisme avec Genval, cité lacustre en Belgique, Neuilly du plat pays. J’avais un train à Gare du Nord à 08h03. Je me suis dis si je pars de chez moi en banlieue à 06H50 je suis large. Je suis arrivée à gare du Nord à 08H03, mon train ce sale petit bâtard était parti, sans moi. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que j’étais peut-être pas aussi parisienne que je croyais: quand il te faut plus de temps pour faire Essonne- Gare du Nord que Gare du Nord – Picardie, y a de quoi se poser des questions.

J’ai fini par partir, et par arriver (vous me dites quand mon écriture devient trop poétique et littéraire hein je suis pas là pour la blague moi je suis un écrivain vous savez). Nous partîmes deux mais par un prompt renfort de deux heures de bagnole  + les autres n’étaient pas parties à l’heure non plus en fait, nous nous vîmes six en arrivant au Château du lac où ce que nous avons bu un pims.

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Si on s’était ennuyées on aurait pu aller au musée de l’eau et de la fontaine. Mais on s’est pas ennuyées. Dommage.

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Sous vos yeux ébahis: un fond de pims

Après avoir bu et mangé nous sommes allées faire nos soins. Enfin nous. Le problème c’était que c’est un établissement où on vous dit de repasser vers quinze heures pour récupérer des voucher (qui auraient en l’occurence pu s’appeler des vachier) (ahahahahahah) (vous suivez? voucher / vachier ahahahahahah je suis drôle) qui indiquent des soins vers 14H00. Pendant que les copines essayaient d’expliquer leur cas à une dame très ouverte d’esprit qui leur disait que non c’est pas possible fallait être à l’heure, en toute solidarité je me suis échappée pour aller me faire masser puisque j’avais droit à un massage d’une heure. Une heure les gens.

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Chais pas j’aimais bien cette photo

Avant de te faire masser on te fait patienter en peignoir dans une salle avec des transats chauffants et de la tisane avec vue sur le lac où tu es supposée te détendre. En vrai tous les transats étaient pris par des anglais qui parlaient fort entre eux et j’ai bu tellement de tisane que j’ai passé le week end à évacuer. Oui mais vous comprenez c’était gratuit. Je me suis fait beaucoup très chier dans la salle de détente. Après j’angoissais chaque fois que je croisais une employée du spa, j’avais peur qu’elle me dise d’y retourner.

Dans la cabine  de massage me suis mise nue devant la dame. Ele m’a dit « Madame pour l’amour du ciel et de la décence mettez votre STRING JETABLE ». Avec mes seins mous qui tombent et mon string jetable je me sentais sexy comme une effeuilleuse burlesque (burlesque is the mot laissez-moi vous en assurer). Et puis la dame s’est mise à me verser de l’huile chaude dessus et à me masser comme de la pête à pain et j’ai tout oublié. C’était bien. Je me suis endormie. Deux fois. A chaque fois je me réveillais en me disant qu’il fallait pas dormir pour bien profiter. Quand la dame a arrêté j’ai failli pleurer de frustration.

Après je suis retournée voir les copines et on a puté bavardé.

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Après on est allées manger. Ils ont été sympathoche ils nous ont offert du champagne. Parce qu’ils nous avaient oubliées sur la liste du dîner. Spa grave c’est ça la vie de grand luxe de blogueuse invitée que voulez vous, c’est l’envers de la paillette: on te fait sauter, mais uniquement tes soins en thalasso et tes repas à l’heure. On a juste mangé plus tard et dans une sorte de remise cachée au fond de l’hôtel. Les gens qui avaient pris une table là bas pour être tranquilles et profiter de leur repas au calme, point d’orgue de leur journée de relaxation ont été moyennement contents de nous voir débarquer à six pour parler fort, rigoler et faire des blagues grasses.

Après on a dormi. C’est vachement bien dormir. Enfin d’une traite je veux dire. En plus maintenant que je considère que 09h du matin c’est la grasse matinée (en fait même 07h00 du matin c’est la grasse matinée) c’est hyper pratique pour pas perdre de temps en voyage. J’en ai aussi profité pour redécouvrir le doux plaisir d’aller pisser seule. Et d’avoir les nibards tellement pleins que le droit faisait facile un bonnet de plus que le gauche.

On a pris un gros petit déjeuner. J’ai baffré comme un porc. Aujourd’hui encore quand j’ai faim je me dis que j’aurais dû prendre un pancake de plus. Et que j’ai pas goûté le sirop d’érable. Et que je sens encore le goût des oeufs brouillés sur ma langue.

[Scoop] A un moment je suis allée me resservir dignement (parce que comme on est obligé de s’habiller et qu’on prend pas son petit déjeuner avec son pyjama lapin de H et M et ses crottes d’yeux on a l’air plus digne). D’ailleurs à la place de mes chaussons petite sirène j’avais des bottes. Vous savez 09h30 c’est bien trop tôt pour porter des bottes. Donc j’ai trébuché comme une merde au milieu du buffet et je me suis rattrapé à la veste d’une cliente en manquant de me casser la gueule avec mon assiette et mon verre de jus dans les mains. C’était bien.

Le soin d’après, c’était « bain de jouvence ». Honnêtement, j’aurais préféré « bain qui fait remonter tes seins » mais l’idée de faire dix ans de moins me convenait quand même. Quand je me suis glissée dans l’eau j’ai fermé les yeux et en sentant les bulles me frôler j’ai commencé à me demander si après ça je pourrais toujours conduire sans qu’on m’emmerde et m’acheter de l’alcool sans qu’on me demande ma pièce d’identité (ahahahahah rires enregistrés). Au bout de 25mn je me suis rendu compte que j’avais tellement bouffé que c’était bien, que le massage soit pas tombé aujourd’hui, parce qu’en plus de mes seins qui auraient explosé à la gueule de la masseuse, mes intestins auraient peut-être pas non plus passé l’épreuve. D’ailleurs toutes ces bulles finalement ça me foutait la gerbe un poil. Ca secoue les bulles en fait. Heureusement il ne restait que cinq minutes.

A un moment il a bien fallu que tout s’arrête. Avec les copines on a fêté notre week end detox en allant au Quick. Et puis on est rentrées. C’était chouette.

Merci à Sabine, Eve, Monique, Marie pour la rigolade, et merci à la fille menthe à l’eau de s’être commise avec allo-thalasso pour notre bien à toutes.

P.S.: Si un autre type veut nous offrir ce genre de week end je tiens juste à lui signaler que je pratique très bien le sexe oral, et que la sodomie finalement ça peut se négocier (en 2014 j’arrête les principes). Bisou.