Bon, ok, la raison officielle on la connait, OATS, toussa, on a compris.

Mais quand même, putain, c’est bizarre que ça tombe sur nous. Enfin, pas bizarre, mais incompréhensible. Il n’y a aucun vraie raison pour que nous soyons les heureux élus. J’aime pas n’avoir aucun raison, donc j’en cherche.

Ok, il y a les pesticides, les ondes, c’est mauvais oulala pour la fertilité masculine, c’est le mal, c’est très laid. Oui mais n’empêche: pourquoi nous? Parce que bon, le mari, il a la phobie de mettre son téléphone dans sa poche, il mange une quinzaine de fruits et légumes par jour, il fait du sport (ouais, on dirait que mon mari c’est Mickaël Vendetta un peu), et je connais des tas de mecs qui font n’importe quoi et qui ont des enfants rien qu’en pissant à côté de leur femme. Si si.

 

Alors je suis bien obligée d’aller chercher des raisons dans les recoins les plus sombres et les plus irrationnels de mon cerveau malade, et croyez-moi, y a du monde.

 

Déjà, je me dis qu’on est punis, on était trop sûrs de nous en commençant les essais bébés, on se projetait trop. Je me souviens qu’on s’est dit il y a trois ans en rigolant « Ahahah, c’est sûrement notre dernier Noël à deux ». Mon cul ouais. Je me souviens autrefois quand je me disais « Je vais pas m’acheter trop de fringues, après je serai enceinte elles m’iront plus ». Je me souviens quand je m’y connaissais aussi bien en matériel de puericulture que si j’avais déjà quatre enfants. Bah voilà, on y croyait trop, on est punis. Du coup, je pense que c’est pour ça que j’ai une putain de rage quand je vois d’autres filles aussi sûres d’elles que je l’étais de moi, et qui elles n’ont aucun châtiment divin pour les empêcher d’avoir leurs enfants. Même pas un petit semblant de galère ou quoi. Ouais ça m’énerve,  parce qu’un fois de plus je comprends pas.

 

Donc je cherche d’autres raisons. Le petit Jésus ne veut pas que j’aie d’enfant parce que je suis bordélique.  A un moment, avant qu’on sache pour l’OATS, je me disais même qu’on n’arrivait  pas à avoir de gamins parce que notre chambre était tellement en bordel (c’est même un bordel que vous pouvez pas vous imaginer tant que vous l’avez pas vu) qu’il était impossible psychologiquement d’y concevoir quoi que ce soit. Genre les spermatozoides il voyaient le chantier et ils se disaient: « Putain les gars, c’est Beyrouth ici, on va essayer de se faire tous petits dans un coin et de pas bouger. » Donc voilà, je pense que le petit Jésus trouve mon logement trop petit, et insalubre. Bon petit Jésus, faut quand même que je t’explique: si j’ai des enfants je rangerai, hein, promis, même que je passerai l’aspirateur plusieurs fois par semaine. Même que je passerai la serpillère, et même que je laverai la baignoire plus souvent. Du coup, dès que je commence un traitement fiv, je deviens une putain de fée du logis, alors que d’habitude la maison est plutôt en mode « C’est du pas propre » ou « C’est du pas rangé du tout ». A chaque fiv, je deviens maniaque, même que j’étends le linge et je fais la vaisselle tous les jours, truc de fou quoi.  Bon, j’ai de la chance, généralement la fiv fonctionne pas et ma dépression devient la meilleure excuse du monde pour ne plus rien foutre dans la maison. Après on arrive à un tel niveau de bordel que j’ai plus du tout de motivation pour ranger.

 

Sinon, je me dis qu’on n’a pas d’enfant parce que je fais la grasse matinée, parce que j’aime pas faire  à manger tous les jours, ou juste parce qu’on n’en est pas capable. Il est un peu salaud le petit Jésus de nous laisser mariner comme ça je trouve, parce que je connais des putains de cas sociaux qui ont des enfants en s’asseyant au bord du lit.

 

On se pose tellement de questions pour trouver les raisons secrètes et implicites de notre infertilité, que sérieux, quand j’entends les psy dire que « souvent l’infertilité répond secrètement à une volonté de ne pas avoir d’enfant », j’ai un peu envie de les frapper. Parce que c’est pas comme si on se sentait pas déjà super coupables de pas y arriver, il faut en plus que des pseudo-scientifiques viennent nous dire que c’est parce qu’on ne veut pas d’enfant qu’on ne peut pas en avoir. Et encore, je crois que j’ai de la chance, on m’a jamais trop dit que ça marcherait mieux si j’y pensais moins (parce que j’ai essayé d’essayer ça aussi, ça marche pas, si vous voulez tester allez-y, chez moi ça a pas été très concluant comme vous le constaterez aisément).

 

Du coup, notre devise c’est un peu devenu « C’est pour ça que le petit Jésus veut pas qu’on ait d’enfant », chaque fois qu’on fait un truc qui colle pas. Enfin, notre deuxième devise, vu que la première reste: « J’ai quelque chose à t’annoncer«