Si on me demandait à quoi j’associe le désir d’enfant, je dirais que je l’associe spontanément à quelque chose de douloureux, à une immense frustration, à quelque chose de viscéral, à la nécessité d’en chier à mort. en fait, pour moi, vouloir un enfant, c’est devenu une idée naturellement sous-tendue par la peur de ne jamais pouvoir en avoir, de ne jamais savoir ce que ça fait d’avoir des enfants et d’être un papa ou une maman.

En ce moment, les secondes grossesses fleurissent autour de moi. Je dirais pas tant mieux (n’exagérons pas, je reste une ex-infertile qui se sent menacée par les grossesses des autres, faut pas abuser non plus) mais presque: c’est la vie, c’est plein de bonheur pour les gens qui me sont proches quand même. Et je vois bien que bon, l’annonce d’une deuxième grossesse bah comment vous dire: les gens disent « Ah c’est chouette », et puis c’est l’occasion de boire un coup, et puis voila en gros.  Déjà ça semble avoir moins de gueule pour tout le monde qu’une première grossesse, même pour les gens normaux quoi.

Moi aussi un jour j’espère, j’aurais une deuxième grossesse. Mais quand je me projette, j’ai du mal à m’imaginer souffrir autant que dans ma quête de la première. J’ai du mal à imaginer que ce sera aussi douloureux pour moi d’essuyer des échecs que pour la première. Plus jamais je n’aurai cette peur au ventre (et c’est bien le cas de le dire) de ne JAMAIS y arriver. Plus jamais je me dirai que je ne serai JAMAIS une maman. Il y aura toujours quelque chose de brisé dans la malédiction. Et du coup, comme pour moi c’est ça, le désir d’enfant, je ne peux pas m’empêcher de me demander: serai-je capable encore de désirer un enfant? Le vouloir, me dire que c’est le moment, que je me verrais bien avec un deuxième, oui, sûrement, mais le vouloir aussi fort que le premier? C’est horrible ce que je vais dire, mais presque par justice pour ce bébé, je voudrais que ce ne soit pas si facile, pour avoir le temps de le vouloir, de le désirer, d’espérer, de l’attendre avec mes tripes en somme, comme j’aurai attendu son grand-frère.

Putain c’est dingue les réflexions torturées que les hormones peuvent m’inspirer.