Il y a quelques semaines, j’ai surpris sur le facebook une conversation entre une copine chère à mon ♥ et d’autres amies à elle au sujet de la destinée de leurs embryons congelés. J’ai trouvé fascinant l’homogénéité (qui est un mot très moche) qu’il y avait dans leurs propos: toutes étaient attachées à eux, toutes ne voulaient plus, pour diverses raisons, avoir d’enfants, mais toutes aussi avaient reculé le plus possible le moment de s’en séparer.

[NDLR: Pour les embryons congelés, la loi permet de les conserver quelques années pour un montant remboursés par la sécurité sociale. Tous les ans les heureux possesseurs de ces bébés congelés reçoivent un courrier dans lequel on leur demande s’ils veulent:

– donner leurs embryons à un autre couple

– les conserver pour un transfert

– les détruire

_ les donner à la science.

Au terme de cette période, les embryons sont conservés aux frais de leurs possesseurs, sans aucun remboursement prévu. Si ces derniers ne donnent pas de nouvelle, les embryons sont détruits.]

Ces trois filles exprimaient les mêmes sentiments: elles avaient retardé autant que possible le moment de prendre leur décision, ne pouvaient s’empêcher de voir le début d’un morceau d’elles qui avait commencé hors de leur ventre et qu’elles ne pouvaient donc ni donner, ni détruire, parce que merde, elles en avaient chié pour les créer, et quon ne pouvait pas réduire ça à rien du tout, et finalement avaient opté pour la même solution: les donner à la science avec cette petite phrase: « Après tout ce qu’elle a fait pour nous ».

Bah j’ai trouvé ça super touchant cette conversation, et je suis ravie que ma copine ait accepté de venir nous donner un témoignage très émouvant, très intime même sur sa décision.

En mars 2006 j’ai eu une ponction d’ovocyte … une jolie récolte qui nous a permis d’avoir 11 embryons.

Le 30 mars deux jolis embryons ont été transférés dans mon bidon….

En décembre 2006 j’ai donné naissance à un joli petit M***e.

L’année suivante nous avons reçu un courrier de l’hôpital Tenon nous demandant ce que nous souhaitions faire de nos 9 embryons. Il n’y a pas eu besoin d’en discuter, nous avons signé tous les deux pour les conserver.

En janvier 2008, nous avons pris rendez-vous avec l’hôpital pour finaliser notre projet d’agrandir notre famille. Rendez-vous pour un transfert en octobre 2008 (c’étais dingue juste une prise de sang, pas d’écho, pas de traitement) de deux embryons…

En juin 2009 je donne naissance à C***n.

En mars 2010, courrier de l’hôpital… que j’ouvre en sachant que je vais devoir pleurer pour que mon mari accepte de les conserver…
Dans ma tête il est impensable de détruire mes bébé car oui dans ma tête se sont déjà mes enfants… il nous en reste 7… le mari ne veut plus entendre parler de bébé… tourner la page, oublier qu’on a du faire appel à la PMA pour être parents.

Moi au contraire, j’ai plus que jamais envie de le crier, de dire que bordel ce n’est pas évident, qu’on en chie mais que cela en vaut la peine… et puis moi je n’ai pas encore fait le deuil d’un troisième enfant… j’ai dû le menacer de lui couper l’accès à mon cul pour qu’il signe pour une conservation… Nous ne sommes plus a 100% donc je paie pour la conservation.

Une année difficile s’écoule, faut croire que la PMA laisse des traces. Notre stérilité qui deviendra au final sa stérilité car c’est lui qui souffre d’OATS, nous a d’abord éloigné, pour nous souder comme jamais… aujourd’hui nous sommes parents et pourtant je le hais par moment…

Je le hais par qu’en mars 2011 il m’a obligé à supplier a nouveau pour les conserver… il ne me comprend pas… veux qu’on les détruit et puis basta comme il dit…
Il a signé pour une conservation parce que j’ai menacé de divorcer…

Une année s’écoule à nouveau et la haine laisse place au dégoût…j’ai supporté les traitements, encaissé les échecs en versant juste quelques larmes devant lui et il m’oblige à le supplier…
Cette année nous n’avons pas encore reçu le courrier mais je sais que cette année, il n’y aura pas de larmes… du moins pas pour les garder… j’ai fait le deuil d’un 3eme avec lui… il est temps pour moi d’avancer sans me retourner… en faisant don de mes embryons a la science qui m’a tant donné.

En écrivant que je les donne, je pleure…c’était une chance d’en avoir autant et un malheur qu’ils soient de si bonnes qualités et qu’un seul transfert soit utile…
C’est un déchirement pour moi, je crois non je sais qu’une fois que ce document sera signé… les papiers de ma demande de divorce arrivera également sur la table.