I. vient me voir à la fin du cours, ce qui est étonnant parce que j’ai passé deux heures à le pourrir en gros. Il me dit « Madame? Madame? Madame? J’ai donné mes poèmes à la fille là ça y est… »

– Ah oui c’est dommage I., tu aurais dû les garder j’aurais bien voulu les voir…

– Non mais madame, je m’en souviens par coeur de ce que je lui ai dit, vous voulez que je vous dise? Moi je veux pas vous dire y a les filles là qui sortent pas SORTEZ LES FILLES madame dites aux filles de sortir SORTEZ ALLEZ JE DIS PAS SI VOUS ETES LA…

– Elles sont en train de ranger leurs affaire I., dis moi c’es rien je t’écoute.

– Alors j’ai écris « Je voulais t’offrir des roses » SORTEZ LES FILLES MADAME ELLES ECOUTENT ELLES VONT SE MOQUER…

– Mais non, I., elles vont rien dire elles sont gentilles, vas-y continue…

– J’ai écrit « Je voulais t’offrir des roses mais elles seraient jalouses » ALLEZ PARTEZ MAiNTENANT LES FILLES

– Ah oui c’est bien…

– J’ai écrit aussi « Si l’amour est un rêve je veux m’endormir, si l’amour est un crime fais de moi ta victime »

– C’est vraiment joli I., et ça lui a plu à la fille?

– Je sais pas madame je lui ai donné et là j’attends qu’elle me les rend…

– Mais je comprends pas, tu lui avais pas donné ces poèmes?

– NAN MAIS, CA VA PAS OUAIS APRES ELLE ME LES REND JE VAIS PAS LUI DONNER MES POEMES A ELLE.

L’amour est enfant de n’importe quoi des fois vous savez.

Ma mère m’a téléphoné hier. Elle m’a dit « Tu sais, ta cousine est là, mais si, tu te souviens, je t’avais dit qu’elle débarquait! Alors voila elle est à la maison. Oui elle a passé toute la journée toute seule à la maison aujourd’hui comme je travaille. Tu fais quoi demain? » C’est fourbe. Elle m’a aussi précisé « Elle a 18 ans hein, tu sais, emmène-là dans un endroit où il y a des garçons, ton collège par exemple. » AHAHAH.

J’ai donc passé l’après-midi avec une belle et adorable jeune fille de 18 ans, que je n’avais jamais vue avant aujourd’hui, et qui vient d’un petit coin d’Espagne en Afrique, et qui ne parle pas un mot de français. C’est vachement bien vu que j’ai pas fait d’espagnol depuis environ dix ans. Des fois elle faisait des blagues et j’avais mal au coeur de la laisser rire toute seule alors je faisais « hum hum » parce que j’avais pas compris. A un moment j’ai voulu faire une blague. Dans ma tête c’était clair: « Dis lui que quand tu te teins en rousse tu ressembles à Larusso » (oui c’est un traumatisme, vous comprendrez). Le problème c’est que dans les faits ça ressemblait plutôt à ça:

 Me gusta tu pelo la color roja la color si tu pelo pero no puiedo hacer la color roja porque mi pelo es como la cantora  the singer you know que no esta de moda y que no canta porque canta antes

Elle était gentille, elle m’a dit que j’avais l’air d’avoir 24 ans et qu’on n’aurait jamais dit que j’avais eu un bébé. J’ai eu envie qu’elle devienne ma meilleure amie si vous saviez. Elle m’a aussi dit « Ta mère ça se voit qu’elle est pas française parce qu’elle est souriante et sympa ». J’ai trouvé que c’était pas faux. Elle m’a dit qu’elle était top modèle et m’a montré des photos d’elle en robe de mariée de déguisement dans le salon de quelqu’un. Elle m’a aussi proposé de me faire un lissage parce qu’elle avait étudié la coiffure et le maquillage. En regardant des vidéos sur youtube. Mais je crois que ce que je retiendrai, c’est ce moment terrible où j’ai dû lui apprendre une vérité qui l’a terriblement choquée. Quand elle m’a demandé comment s’appelait notre reine, à nous les français. « Euh… nous n’avons pas de reine en fait ( reina no no aqui dans le texte) ». Elle a penché la tête avec un sourire et m’a dit « Ah. La princesse alors, comment elle s’appelle? ». C’était très dur mais j’ai bien dû lui expliquer: « Nono la princesa no princesa also ». Elle était choquée. Pour ne pas la laisser dans l’ignorance, je lui ai dit qu’on les avait guillotinés. Elle a eu un air tellement horrifié que j’ai dû lui préciser que c’était au 18ème siècle parce qu’elle avait l’air de penser qu’on avait fait ça la semaine dernière. elle s’est ressaisie, et a repris, dignement, et avec une pointe d’inquiétude dans la voix en même temps: « Et comment s’appelle la reine en Allemagne? » J’aurais voulu que ce ne soit pas moi qui lui annonce cette avalanche de dures réalités. Pour la consoler je lui ai quand même expliqué qu’aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne ils étaient très civilisés et ils avaient effectivement un roi et une reine, ils étaient normaux EUX. Ca l’a soulagée.

J’ai pas du trop mal me démerder, elle m’a bien cernée, en rentrant le soir elle a dit à ma mère que j’étais une fille gentille, mais trop sérieuse.

P.S.: C’est une chouette fille hein, tout le monde n’a pas la chance de recevoir une éducation soignée. C’est juste drôle. Et j’avais juste oublié un peu ce que c’est que d’avoir 18 ans.

 

 

 

 

 

Ou des fois youtube chie grave dans la colle avec ses suggestions de videos?

si si, il y a un intrus. Son titre est "anal squirt" pour ceux que ça intéresse. Un poème. C'est peut-être ça lelien.

si si, il y a un intrus. Son titre est « anal squirt » pour ceux que ça intéresse. Un poème. C’est peut-être ça lelien.

Ma mère lisait un peu Barbara Cartland pendant les vacances ou des fois en nous surveillant au parc, c’est tout. Je n’ai jamais vu mon père ouvrir un livre. Ce que connaissaient mes parents, ils le tenaient d’ailleurs, et avec une mère qui parle quatre langues apprises quasiment toutes de manière autodidacte, et un père qui savait toujours ces petits trucs techniques sur lesquels on se posait des questions (« Papa, pourquoi y a des pierre entre les rails des trains? », « Comment ils font les avions pour tenir dans le ciel? », « Comment elle arrive la musique dans la radio? ») je ne pourrai jamais dire que mes parents n’étaient pas cultivés. Ils n’avaient pas vraiment fait d’études, ils ne connaissaient pas forcément l’histoire, ou la littérature, ou les maths, ils ne connaissaient pas tout ce savoir académique qui donne le bac, mais ils savaient plein d’autres choses.

Pour autant, ils m’ont toujours dit que l’école, c’était bien. Qu’apprendre, et plus encore, savoir, c’était important. Ils m’ont toujours fait comprendre de manière plus ou moins adroite que plus je saurais, et plus ils seraient fiers de moi. Parvenue à l’âge adulte, je me rends compte que ça a été un des plus lourds fardeaux de ma vie, et en même temps, un des moteurs les plus puissants qui m’ont poussé vers l’épanouissement et la réussite. Parce que maintenant que je suis adulte, j’ai quand même la chance de faire globalement des choses qui me plaisent.

J’ai aimé lire. Ils m’ont acheté des livres. Ils m’ont dit que c’était bien. Ils en parlaient autour d’eux avec fierté « elle lit tout le temps, elle lit tout et n’importe quoi, elle lit vite ». Et c’est ainsi qu’ils m’ont appris que la littérature n’est pas une voie de garage, si on la choisit et qu’on l’aime. Evidemment ils auraient aimé que j’en fasse autant en sciences, et puis ils se sont résignés, et m’ont poussé vers les études littéraires. Ce n’est que tard que je me suis rendu compte que tous les parents n’étaient pas comme ça et que j’avais eu de la chance qu’ils n’aient jamais méprisé ce que j’aimais apprendre.

Je me suis adaptée à l’Ecole. C’était pas toujours facile. J’ai mis du temps. Je pense que ce n’est qu’au lycée que je me suis vraiment sentie rôdée, que j’ai su travailler pour réussir, et que je l’ai fait avec le plus de plaisir. Pour autant je ne pourrais pas dire qu’avant ça j’ai été malheureuse à l’école. En tout cas si je l’ai été, ce n’était sûrement pas à cause de l’enseignement ou de ce que l’école me demandait. Probablement même le dernier refuge de mon estime personnelle, dans cette période qu’a été l’adolescence et qui est la seule dont j’ai dit longtemps que c’est sans aucun remord que la rayerais de ma vie: tout se cassait la gueule, amitié, famille, image de moi, et pourtant il y avait toujours cet espace entre quatre murs où avec un livre et un stylo j’étais capable de quelque chose, et pour lesquels on me disait « Ce que tu fais, c’est bien ».

J’ai fait de très belles rencontres. D’autres qui ne m’ont pas vraiment laissé de souvenir. J’ai rencontré des gens qui ont changé ma vie, parce qu’ils otn cru en moi. En moi et en ma capacité à m’adapter et à tirer le meilleur du système.

En terminale, au moment de l’orientation, il y a eu cette prof d’anglais qui m’a dit: « N’allez pas à la fac, vous allez vous ennuyer. Faite un bi deug au moins. Ou mieux: allez en prépa. »

Vous savez, je suis pas surdouée, je suis pas précoce, et quand je m’ennuyais en classe c’était surtout parce que ça ne m’intéressait pas, pas parce qu’on ne savait pas m’intéresser, ni parce que c’était trop facile pour moi. Et la prépa j’en avais jamais entendu parler avant la terminale, mes parents savaient même pas que ça existait. J’y connaissais rien, ce que j’en entendais dire était pas spécialement rassurant, mais bon, j’ai fait confiance.

Je suis rentrée en prépa par les petits chemins. Per angusta tsé (c’est un peu l’histoire de ma vie d’ailleurs). J’ai fait ni Henri IV, ni Louis le Grand, même pas un petit Lakanal. J’ai fait des prépas moyennes. Je me suis éclatée comme jamais. J’y serais encore si on pouvait y étudier pendant quinze ans. J’ai appris plein de choses. J’ai appris à apprendre. j’ai appris à aimer apprendre. J’ai appris des chsoes que j’aimais. Je pourrais vous en faire des comme ça pendant longtemps.

Et ainsi voila comment une gamine du quartier, avec des parents pas spécialement éduqué ni formés au système scolaire français se retrouve à prendre son pied à mort dans l’institution la plus élitiste, la soi disant plus cloisonnée et contestée du système scolaire français. Et ainsi voila comment j’ai décidé que l’école finalement, j’y étais tellement bien, que je voulais y rester pour toujours.

En 2007 j’arrive forte de mes illusions et de mes a priori sur l’égalité des chances et le bonheur d’apprendre. Je me retrouve rapidement en ZEP. Territoire sinistré s’il en est où l’éducation n’est plus nulle part.

Je savais pas trop comment m’y prendre, j’ai erré longtemps avec ce qu’on m’avait appris à faire, en voyant bien que c’était comme uriner dans un instrument à cordes. J’ai mis du temps avant d’oser me dire que tout simplement, ces gosses avaient perdu leur capacité à apprendre pour beaucoup. j’ai mis du temps à me rendre compte que là où j’enseigne, les enfants ne sont pas comme moi. Il n’est pas question de s’épanouir, il est question de survie intellectuelle. Il est question d’arrêter d’avoir peur d’apprendre.

J’ai mis du temps à comprendre, parce que je me disais qu’on venait du même milieu ces gosses et moi: un milieu plutôt simple, des parents disons « ouvriers ». La différence: mes parents croyaient en l’école. 30 ans de ZEP les gars. 30 ans sans que ça ne change rien. En fait non: 30 ans où c’est devenu de pire en pire. C’est-à-dire que les parents de ces gosses sortaient déjà de ZEP, et ça n’avait rien changé pour eux, ils n’avaient pas eu leur chance, ou en tout cas ils  le vivent ainsi. Pas facile de faire croire à ses gosses en quelque chose auquel on ne croit pas soi même, et pour cause.

Alors pourquoi ce long billet autobiographie pas très intéressant? Parce que c’est important pour moi. Parce que je pense que l’école doit être réformée. Complètement. Parce que je pense que le rôle de l’école, c’est de former des citoyens éclairés, pas de leur donner un métier. Parce que je crois que l’école est en danger, pas pour les enfants que leurs parents pousseront, qui auront à coeur de leur donner la meilleur éducation et le meilleur enseignement, mais pour tous les autres qui n’ont aucun avenir si l’école ne change pas. Parce que je pense que l’égalité des chances, c’est donner à tous le moyen d’atteindre des institutions élitistes, pas de les supprimer pour qu’il n’y ait plus d’élite: tout le monde devrait avoir accès aux langues anciennes, aux prépas, à sciences po et à l’ENA s’il en a envie. Parce que je pense que tout le monde en est capable, que les gosses de ZEP ne sont pas plus cons que les autres, c’est juste à l’heure actuelle impossible de s’adapter pour la plupart d’entre eux. Parce que savoir, c’est augmenter sa capacité à réfléchir et à juger, et que c’est une arme, une vraie, et qu’il se passe quelque chose de terrible: on laisse toute une partie de notre pays se faire désarmer en silence et dans l’indifférence la plus totale.

Le bon côté des choses quand on bosse pas le lundi c’est qu’on zappe le blues du dimanche soir. Mais on découvre le concept de déprime glauque du lundi soir.

Je me suis vautrée dans la littérature sentimentale pendant une semaine jour et nuit si si je vous jure. D’abord il y a eu Christian. J’ai aimé sa passion, j’ai aimé les tréfonds de son âme torturée, et pourtant quelque chose a toujours cloché. Quand ça s’est fini, j’ai voulu trouver autre chose. Je suis comme tout le monde, je ne cherche que l’amour. Je suis tombée sur Gideon, mais c’était pas pareil. J’ai essayé d’y mettre du mien, de m’ouvrir à des pratiques qui n’étaient pas les miennes (cette histoire digito-anale c’est trop pour moi je n’y peux rien). J’ai bu le calice jusqu’à la lie, et je me suis rendu compte au bout du compte que je m’étais bercée d’illusion. Et c’est à ce moment que j’ai rencontré Bennet. Bennet est drôle. Bennet est simple. Bennet dit l’mour sans fioriture. Bennet ne traîne pas un lourd passé torturé: il se contente d’être riche, beau et drôle. Vous comprenez bien que quand tout a été fini ça a été très dur (comme sa bite) pour moi de me remettre. J’ai erré, je suis tombé sur des gens qui en me méritaient pas, comme Reid ou Alex, sans jamais retrouvé ni oublier celui qui avait su trouver les mots justes pour parler à mon coeur.

Vous comprenez donc que ça va pas être facile demain. Parce que demain, la seule personne que je vais assidûment fréquenter, ce sera Pauline. Et mon mec qui a le tort d’être juste beau et drôle (mais je saurai m’en contenter que voulez-vous).

Je vais rencontrer aussi environ 75 gamins qui ont autant envie de me voir que d’aller se faire pendre et je vais essayer d’en faire des intellectuels. Ou essayer de révéler la part d’or qu’il peut y avoir dans du plomb. Parce que c’est possible. Si si, la preuve:

P.S.: si vous comprenez ce billet je n’ai qu’une seule chose à vous dire: c’est pas bien de se droguer

Pendant longtemps dans ma tête il y avait régulièrement toutes les dates des enfants que je n’avais pas eus qui revenaient et qui marquaient l’année, celui que j’aurais pu avoir si j’étais tombée enceinte quand j’ai arrêté la pilule, celui que j’aurais pu avoir si je n’avais pas fait une grossesse biochimique, celui que j’aurais pu avoir si ma première fiv avait fonctionné.

 

Ce blog qui se trouve rangé sous l’url « Un jour mon bébé viendra » depuis qu’il existe quasiment, je me rends compte maintenant seulement à quel point c’est faux. Il n’est pas venu, il m’attendait juste quelque part et c’est moi qui suis allée jusqu’à lui.

Maintenant, les seule dates qui continuent de jalonner l’année, ce sont celles qui marque encore des étapes du chemin qui m’a mené vers celui que j’ai toujours attendu. Arrêter la pilule, essayer et attendre, c’était probablement écrit, et je suis contente maintenant de penser aux dates de premières piqûres, de ponctions, de transferts qui m’ont donné l’immense chance d’être en la possession de la plus grande terreur des bacs à sable de tout le Sud parisien d’un enfant beau comme le jour et surdoué (en toute objectivité évidemment).

Il m’est difficile d’oublier que le 24 décembre 2010, je recevais la première piqûre de traitement de stimulation de ma vie. Traitement qui n’a pas abouti, pas cette fois-là, mais puis-je en vouloir à la vie puisque c’était une étape nécessaire pour que j’ai mon bébé, ce lui-ci, et pas un autre? 

 

Joyeux Noël les gens.

1. T’es rien qu’un(e) sale hippie gauchiste et anticapitaliste, alors assume.

2. Le meilleur cadeau que tu puisses faire aux gens que tu aimes, c’est de ne pas leur imposer les magasins bondés et les queues interminables à la caisse.

3.Ton mec saura pas quoi t’offrir, il va se rabattre sur un truc complètement bateau et / ou à côté de la plaque (des gels douches Yves Rocher / un parfum / un CD à la mode…). Tu vas lui en vouloir de ne pas avoir deviné ce que tu voulais. Ca va te gacher Noël.

4. Le 25 décembre tout le monde serre les dents et les fesses en évitant son compte en banque comme on essaye d’éviter la gastro dans le métro. Respectons-nous. Epargnons-nous ça cette année.

5. Il y a encore des gens pour qui c’est un plaisir de faire des cadeaux de noël? Se faire des cadeaux d’accord, mais à Noël? (voir 2 / 3 / 4 plus haut).

6. Ca t’évitera de recevoir en cadeau un nouveau service à fondue au chocolat / une clef-usb en forme de basket « qui réunit tes deux passions: les baskets et l’informatique! » / une tirelire qui compte l’argent (voir 1 plus haut) COUCOU JEAN FRANCIS.

7. Tu te souviens plus de tes identifiants ebay pour les revendre la semaine suivante.

8. Tu n’aimes pas Noël. 

9. Tu crois au Père Noël, mais il te fait peur. Tu préfères donc qu’il ne t’apporte rien parce que tu en as marre de te retenir de faire pipi par peur de le croiser en allant aux toilettes dans la nuit du 24 au 25.

10. L’esprit de Noël, le vrai, c’est être en famille, manger du gras, et regarder Fantaghiro tous ensemble. Les cadeaux? pourquoi faire vraiment?

                                              Image

 

(Je voulais vous mettre le traditionnel père Noël qui fait caca dans la cheminée quand soudain j’ai été touchée par la grâce de google image)

Au début j’ai rien voulu dire, parce que je voulais pas qu’on pense que je vois le mal partout et que je suis jamais contente. Mais ça me gênait quand même alors je me suis laissé le temps de réfléchir. Je n’ai pas la prétention de parler pour tout le monde évidemment, si des gens trouvent ça très bien ils ont sûrement des raisons infiniment plus valides que les miennes.

 

Ainsi donc, à la fin de l’année il y a la trêve hivernale des expulsions, la collecte de jouets du secours populaire, le téléthon, les restos du coeur, et la « Grande opération de fin d’année: Famili s’engage conter l’infertilité« . Cher peuple fertile: saviez-vous que certains gens ne peuvent pas se reproduire? Si si, c’est complètement foufou! Et vous savez quoi? ils sont un sur six! Vous en connaissez forcément un! un infertile se cache dans votre entourage, saurez-vous le débusquer? (c’est celui qui trouve que les enfants font trop de bruit et qui s’est enfermé subitement aux toilettes quand la cousine Jennifer qui a 18 ans a déclaré « On a quelque chose à vous annoncer: j’arrête mes études parce que je suis tombée enceinte par accident mais on le garde quand même hihihi ». Désolée de briser le suspens). L’infertilité, c’est très triste reprend le magazine famili, donc si vous voulez bien nous faire de la pub, et que vous êtes suffisamment nombreux à le faire, on filera des sous à une petite association qui s’occupe de ces handicapés de la reproduction. Je termine en citant le magazine, parce qu’il n’y a même pas besoin de parodier cette phrase digne du plus beau blingee: « Parce que c’est trop dur de se faire entendre, surtout en période de fête ». C’est tellement puissant et émouvant, je pense que famili veut se faire élire Miss France je ne vois pas d’autre explication.

Image

Vous noterez la référence à l’association Maïa qui soutient « les couples et les femmes infertiles ». J’essaye de me représenter la vision de la famille que cela propose: les femmes sont elles les seules à être infertiles? Les couples sont-ils uniquement des couples d’homme? Les femmes infertiles sont-elles en couple? L’association Maïa soutient-elle secrètement les chameaux infertiles? Nul ne comprend vraiment.

Vous noterez aussi cette publicité si subtile pour des tests d’ovulation. « Chère Claire de Clearblue, on va faire un sujet sur l’infertilité. Si tu veux, tu peux insérer une pub pour les tests d’ovulation comme ça les gens penseront que ça va leur apporter des bébés ahahahaha! »

 

J’aurais aimé un article qui explique ce qu’est l’infertilité, et comment on la pallie. J’aurais aimé un billet qui fasse parler les ifnertiles (mais non, vous savez bien qu’ils ne parlent pas, c’est tabou on vous dit). J’aurais aimé un billet qui explique pourquoi c’est tellement difficile de se dire que Noël, sans enfant, pourquoi? encore combien de Noël à regarder les enfants des autres ouvrir leurs cadeaux? Encore combien de changement d’année sans l’ombre d’un bébé? Encore combien de réunions de famille où ce sont les autres qui sont enceintes et où on nous reproche de ne pas se réjouir assez bien? J’aurais même aimé que famili file direct ses thunes à Maïa, ou demande à ses lectrices de le faire au lieu de nous offrir de la pitié virtuelle et de la bonne conscience à coup de partages facebook.

La pitié du peuple fertile, c’est tout ce qu’il nous manquait je crois.