Le Docteur nous a d’abord dit  » Bon, vous êtes pas venus depuis 2011. Pourquoi? » J’ai pris un sourire niais, j’avais honte mais je savais pas quoi faire d’autre et j’ai répondu « Parce qu’on a eu un bébé, hihihi ». Je me sentais un peu coupable d’avoir plaqué l’hôpital de Sèvres au moment où les choses prenaient un tour heureux, mais vraiment c’était pas possible le suivi là bas pour une grossesse. « Il est né où? A quelle date? Il pesait combien? Par voie basse? » qu’il nous a demandé aussi. La vie de ma mère j’étais à deux doigts de lui montrer toutes les photos du gosse que j’avais dans mon téléphone (stockage en ligne compris).

Il a pris un gros dossier avec notre nom dessus, tout déchiré, avec des ratures et tout. Ca faisait sérieux. Il l’a ouvert, et puis il s’est mis à nous résumer en même temps qu’il lisait: « Alors vous avez fait une fausse-couche, puis vous êtes venus nous voir, vous étiez jeunes, c’est bien, et puis on a fait une fiv, ah ça a pas marché, alors vous en avez fait une deuxième, et puis tiens ah non c’était toujours pas celle-la? » Il souriait en me regardant des fois et on aurait dit qu’il jouait à un jeu. Moi je trouvais ça dingue, j’avais l’impression que ce dossier tout pourri là, c’était le livre de notre famille, et qu’il était en train de le lire comme si c’était un truc vraiment très chouette, et la façon dont ça se passait, ça l’était chouette. Des fois je voyais des ordonnances, des traces de rendez-vous qu’on avait eu, avec le généticien, avec le biologiste, et je tous ces trucs que j’avais oublié remontaient: je me souvenais très clairement de cette époque folle où il y avait pas des petites voitures jusque dans mon lit, où on n’attendait pas le soir avec impatience pour faire nos trucs à nous, où on faisait pas grand chose ‘ailleurs tellement c’était vide dans nos vies. Et puis l’angoisse quoi, l’incertitude, de pas savoir, le chromosome Y c’est grave? Pourquoi ça a pas marché cette première fiv alors qu’on était des bons candidats? Ca marchera un jour? Et si ça marchait jamais? C’était comme un téléfilm très cul cul mais émouvant quand même, sauf qu’on l’avait vraiment vécue cette histoire.

Il nous a donné nos nouvelles ordonnances, une chiée pour moi, une seule pour le mari, qui était un peu gêné du coup que ce soit lui qui soit écrit en gros sur les feuilles de prise en charge, et moi qui me cogne toutes ces merdesà aller courir Paris pour me faire regarder l’intérieur par des spécialistes éminents. Vous me direz c’est pas tous les jours que je me fais visiter l’intérieur par des éminences (note pour moi-même: penser à profiter).

« Bon là l’idéal, ce serait qu’on se revoit en juin, et puis on démarre le traitement à la rentrée ». J’étais un peu déçue, j’aurais voulu commencer tôt finalement, mais c’est bien qu’on m’oblige à prendre mon temps. C’est bien de se laisser porter aussi, et de pouvoir en profiter, parce qu’on sera plus jamais ce pauvre couple qui s’est pointé là en 2010 en ayant peur de jamais savoir ce que c’était d’avoir un enfant.

On est allés au restau avec le mari en sortant. Le mari a dit « C’était bien ce matin, l’hôpital ». Je sais pas s’il le pensait de la même façon que moi, mais j’ai trouvé qu’il avait raison. C’était bien ce matin l’hôpital.
IMG_20140417_192332